Aujourd'hui, je vous propose un texte d'élèves. Dans cette 4ème dite "de soutien", où se retrouvaient une vingtaine d'élèves "en moyenne difficulté", disons, j'avais décidé d'étudier La cantatrice chauve, de Ionesco. Nous avions relevé l'absurde des dialogues et des situations, ils avaient appris et joué (devant la classe) certaines scènes, et je leur avais demandé d'écrire par groupes une scène "supplémentaire" (pauvre Ionesco, me direz-vous?) dont j'avais donné le sujet.
Voici donc une des "variations" écrite par un groupe d'élèves :
Mary entre, un cendrier à la main.
M. SMITH Ah ! Enfin ! Mais vous êtes partie le chercher à Rome, ce cendrier ! Ça fait deux secondes que vous êtes partie !
MARY Eh bien voilà, monsieur : je n'arrivais pas à ouvrir la porte du réfrigérateur, pour regarder s'il était à l'intérieur… Mais il n'y était pas : il était dessus…
M. SMITH Donnez-le-moi, il faut que j'y mette mon dentier.
MARY Le voilà. (Elle le tend, mais le lâche au moment où il va le prendre ; le cendrier tombe et se casse.)
MME SMITH (sursautant) Mais nom de Dieu ! Qu'avez-vous fait ! (regardant le cendrier brisé) Il était dans ma famille depuis des générations !
MARY Oh ! Pardon… (elle regarde attentivement le cendrier) Je trouve que comme ça, il ressemble à votre grand-mère.
M. MARTIN Mais pourquoi dites-vous ça ?
MARY La grand-mère de madame est tombée d'une chaise et s'est brisée en mille morceaux.
M. SMITH N'avez-vous pas honte de parler ainsi de la grand-mère de ma femme ? De plus, vous allez de bêtise en bêtise ! (il regarde sa femme) Voilà ! Maintenant, elle pleure à cause de vous ! Il va falloir trente ans pour la consoler !
MME SMITH (elle sèche ses larmes et reprend son souffle) Je vais vous raconter pourquoi je pleure. La grand-mère de ma mère avait ce cendrier : mon cousin adoptif l'avait fabriqué et l'a donné à mon oncle qui l'a donné à sa mère, qui l'a donné à sa mère, et de mère en mère, il est arrivé chez moi et ma famille trouvait ce cendrier répugnant. Ainsi que moi…
M. MARTIN Très intéressante, cette histoire. Elle est assez joyeuse et plutôt longue.
MME MARTIN Moi, je la trouve plutôt triste et assez courte.
M. SMITH Nous nous éloignons du sujet. Le plus important est de penser à l'endroit où nous allons mettre les morceaux du cendrier.
MME SMITH Bon, Mary, enterrez-les.
MARY Mais je les enterre où ?
M. SMITH Mais voyons, où veux-tu les mettre ! Dans la niche du chien ? Voyons, Mary, servez-vous de votre toute petite cervelle et jetez-les !
MME SMITH (regardant son mari) Non, je préfère qu'elle les enterre dans le jardin, pour rendre hommage à la famille.
M. SMITH Mais voyons, tu n'as jamais eu de famille ! Tu es orpheline !
MME SMITH (regardant Mary) Il a tout à fait raison. Jetez-les.
M. SMITH Bon, partez mettre ceci à la poubelle. Et ensuite, Mary, rentrez chez vous ! Vous avez fait assez de bêtises !
Mary prend un balai et ramasse les morceaux, puis sort du salon.