Bon, reprenons.
Permettez-moi une autre digression pourtant. "De mon temps" (oui, je sais...) l'école était obligatoire jusqu'à 14 ans. Il fallait donc assez vite avoir une idée de ce que l'on voulait faire plus tard. Et moi, mon idée, c'était d'être institutrice. En 5ème, j'avais découvert une pédagogie très différente de celle que je connaissais : "Mademoiselle Annie", tout juste sortie de l'Ecole Normale Catholique, nous avait fait écrire à chacune une histoire de chevalerie dans un cahier spécial, que nous illustrions à notre gré. Nous avions appris à peindre au doigt et à former de mosaïques grâce à la "patatogravure". Ces nouveautés n'étaient pas pour remettre en question ma "vocation"! Il fut donc décidé, à la fin de la 3ème, que j'entrerais à l'Ecole Normale Catholique, en internat : 3 ans jusqu'au Bac, puis une année de Stage, à la fin de laquelle je serais intronisée Institutrice.
Et voilà ma deuxième chance : si, lors des 3 premières années je pus m'essayer à diverses activités manuelles et à l'animation de groupes d'enfants le jeudi après-midi, la dernière année, ce furent des découvertes incessantes et passionnantes.
Qu'il me soit ici permis de remercier du fond du coeur Melle Annie, Melle Prestat, Melle Mulot et tant d'autres qui "m'apprirent" la pédagogie (non, finalement, ce n'est pas "inné", ni héréditaire!).
Notre formation consistait, entre autres, à étudier différents systèmes pédagogiques, de Platon à Freinet et passant par Rousseau, Montessori, Decroly et beaucoup d'autres. Nous exposions à tour de rôle tel ou tel système, et tous avaient quelque chose à nous apprendre. J'ai appris, et je trouve cette découverte fondamentale, qu'il n'y avait pas de "vérité" pédagogique ; que chacune d'entre nous avait à trouver "sa" vérité, forcément différente de celle de sa voisine. J'ai appris l'intérêt du travail de groupes. Nous avons visité une école Freinet et pu voir comment les enfants y travaillaient, de la maternelle au Bac... Un rêve!
Mon rêve s'est écroulé brutalement à la fin de l'année, quand on m'a refusé de faire mes premières armes dans "ma" classe. A cela, deux raisons : on me trouvait trop jeune - 18 ans - , pas assez mûre ; et l'Enseignement Catholique avait besoin de professeurs diplômés, c'est-à-dire titulaires de la Licence. A mon grand regret, je suis partie m'inscrire en Fac. Là encore, déception: je voulais m'inscrire en Espagnol, mais c'était impossible car je n'avais pas étudié le latin... Je me suis rabattue sur les Lettres (Modernes, évidemment!), faute de mieux... Mais depuis que j'ai commencé à enseigner, je n'ai jamais regretté ce "choix" forcé!
Ensuite, donc, fac et surveillance d'internat pendant 2 ans. Puis un poste de "maître auxiliaire 3ème catégorie" dans un petit collège (1 classe de chaque niveau) où j'enseignai le Français en 6ème et en 5ème. A cette "merveilleuse" époque, ces classes étaient dédoublées 3 heures par semaine, et en classe pleine 3 heures également : avec 2 classes de ces niveaux, on arrivait tout juste à 18 heures (il nous faut 4 classes en Français depuis pas mal d'années!).
Par chance, le collège était dans la ville où mes parents avaient emménagé 2 ans plus tôt. Et, en allant au collège, je remarquai bientôt sur mon chemin le sigle "MJC" dont j'ignorais alors totalement ce qu'il signifiait.
Ce fut là ma troisième grande chance : j'y appris...
Mais assez pour aujourd'hui : on verra cela une autre fois.