L'année suivante, un ou deux élèves de cette fameuse 3ème revinrent me voir au collège. "Myriam" redoublait sa 3ème, mais je ne l'avais pas en classe (la principale, ne me jugeant pas "bon professeur", ne m'avait pas attribué de 3ème... L'année suivante, d'ailleurs, elle ne me donna plus de 4ème non plus... J'étais vraiment nulle!).
Un jour, un ex-élève vint me trouver : il m'apprit que "Myriam" (ce n'est pas son prénom...) avait fait une tentative de suicide, et qu'elle allait très mal. Il me demandait s'il pouvait venir avec elle chez moi, pour discuter ensemble. J'acceptai.
Ils vinrent donc tous les deux. A ma connaissance, ils étaient copains, sans plus. Et Myriam me raconta sa lamentable histoire : elle avait un petit copain depuis un ou deux ans et, récemment, elle avait rompu. Ses parents (qui n'avaient qu'elle comme enfant) voyaient-ils déjà le mariage? Toujours est-il qu'ils prirent très mal cette rupture, allant jusqu'à la traiter de "putain". C'est à la suite d'une "discussion" orageuse qu'elle avait avalé un certain nombre de médicaments... Elle avait été hospitalisée : trop tard pour un lavage d'estomac, mais, par chance, les médicaments s'éliminèrent sans laisser de séquelles. A l'hôpital, elle avait vu un psy. Puis elle était rentrée à la maison... où ça n'allait pas mieux...
"J'espérais qu'ils auraient compris..."
"Pierre" (ce n'est pas son prénom non plus...), Myriam et moi discutâmes donc longtemps. Il fallait la rassurer sur elle-même, sur son histoire, sa rupture. Tenter d'expliquer l'attitude de ses parents. Ce n'était pas facile. Et cela prit beaucoup, beaucoup de temps... beaucoup trop : quand je la reconduisis chez elle... il était près de 10 heures du soir... Bien sûr, ses parents savaient qu'elle était chez moi. N'empêche qu'ils étaient très en colère quand nous arrivâmes.
Je les priai de m'excuser, prenant toute la faute sur moi (logique : c'était moi l'adulte, quand même! J'aurais dû faire davantage attention à l'heure!). Mais ils commencèrent à s'en prendre à Myriam... et j'osai m'adresser à elle avec autorité :
"Myriam, va te coucher."
Il y eut un instant de flottement, comme si chacun se demandait dans quelle mesure j'avais des ordres à donner, là où j'étais... Mais personne n'intervint, et Myriam sortit.
J'essayai ensuite de discuter avec ses parents, leur expliquant qu'une adolescente de 15 ans avait droit à l'erreur, qu'elle ne pouvait s'engager "pour la vie" avec un garçon... De tout ce qu'ils dirent, je n'ai retenu que le fait qu'elle avait accepté les cadeaux du garçon en question...
Et puis... et puis cette phrase horrible :
"Je regrette qu'ils ne lui aient pas fait de lavage d'estomac! Même si c'était inutile, au moins, elle s'en souviendrait!"
Et enfin :
"J'espère qu'elle a compris!"
La phrase même que Myriam m'avait dite...