"On vit une époque formidable !" (dixit Reiser). Alors que le ministre de l'Education Nationale offre 220 000 € à la société qui pourra lui indiquer ce que pensent tout bas les profs en espionnant leurs blogs et forums, il se bouche les oreilles quand les enseignants crient leur opinion en faisant grève et en manifestant !
La grève est démodée, dit-il. Le dialogue aussi, sans doute...
"Les professeurs, en tous les cas, méritent mieux que d'avoir des syndicats dont la fonction principale est d'organiser la résistance au changement, comme si le monde ne changeait pas autour de nous."
Notre ministre a sans doute oublié que ces syndicats "réactionnaires" (si je traduis bien son propos...) ont fait aussi des propositions ! Ils ne se contentent pas de dire "non", ils réfléchissent aux améliorations souhaitables pour les élèves comme pour les enseignants ! Je suppose qu'il n'a pas pris la peine de lire ces propositions... Mais, évidemment, les intérêts ne sont pas les mêmes... Si le but (avoué) du gouvernement est de réduire les coûts de l'Education, celui des syndicats est d'améliorer un système en butte à de nombreux problèmes.
Entre parenthèses, ce besoin de faire des économies sur l'Education n'est pas nouveau : la création et l'entretien des bâtiments scolaires, par exemple, sont passés depuis longtemps aux collectivités territoriales ; la suppression des classes et écoles "déficitaires" (comme si une école pouvait faire des "bénéfices" !) se pratique régulièrement ; l'encadrement de plus en plus réduit (professeurs et surveillants) dans les collèges et lycées se poursuit depuis pas mal d'années...
"J'ai fait un rêve" (Martin Luther King) : un jour, un gouvernement comprendra que son rôle n'est pas simplement d'avoir le pouvoir, d'en user et d'en abuser, mais plutôt de préparer l'avenir (même s'il n'est plus au pouvoir !)... L'avenir, ce sont les enfants d'aujourd'hui qui le tiennent dans leurs mains. Et c'est une sacrée bonne raison pour leur donner de quoi construire l'avenir !
"La casse du service public, le manque de moyens, la colère des personnels, le ministre qui n'entend pas, le mépris... Combien de fois a-t-on entendu ça depuis une trentaine d'années ? Et donc je crois que, même si j'entends cette grève, je crois que cette manière d'aborder les problèmes est une manière démodée."
Voyons, voyons... Et si les personnels, justement, avaient toujours les mêmes motifs de crier leur désaccord ? Si les ministres qui se succèdent refusaient toujours aussi obstinément de les entendre ? Si ces ministres refusaient de prendre en compte l'évolution de la société et d'apprécier les difficultés croissantes des enseignants ?
Un autre ministre avait dit que le nombre d'élèves par classe n'avait pas l'importance qu'on lui accorde, que lui-même avait donnu des classes de 40 élèves et plus, où l'enseignant "savait" se faire respecter... Moi aussi, j'ai enseigné dans des classes de plus de 40 élèves... mais c'était il y a 40 ans ! Et quelques "petites" choses ont changé depuis ! Aucun parent ne portait plainte contre un professeur qui avait giflé son fils, à l'époque ! Aucun élève ne portait la main sur son professeur ! Aucun élève ne se permettait d'insulter son professeur, ni d'être grossier envers lui !
"L'une des raisons de cette grève, ce sont les suppressions de poste dans l'Education nationale. 8.500 postes supprimés en 2007. 11.200 en 2008. Et on prévoit 13.500 suppressions de poste en 2009. Comprenez-vous que les enseignants en aient assez de voir tous ces postes supprimés ?
Mais la question n'est pas de savoir combien ils sont mais comment ils vont. La question est de savoir quels sont les services que nous rendons. Les courbes qui m'intéressent, ce sont les courbes des résultats, ce n'est pas les courbes du nombre des enseignants."
Ah ! Nos chères statistiques ! Les courbes des résultats ! Et ces courbes, elles disent que les résultats sont meilleurs quand les élèves sont à 40 dans une classe ? Que nous rendons davantage de services si les enseignants sont moins nombreux ? Alors, supprimons-les tous ! Les résultats n'en seront que meilleurs ! C'est sans doute d'ailleurs dans cette optique que l'on va supprimer à partir de la rentrée prochaine les "Réseaux d'Aide Spécialisée aux Élèves en Difficulté" (RASED) : qu'est-ce qu'on en a à fiche, des élèves en difficulté ? Ils coûtent bien trop cher ! Ils n'ont qu'à aller en apprentissage !
"le mépris", disiez-vous, Monsieur le Ministre ? Toute votre interview en déborde...
(Source : http://www.rtl.fr/fiche/2514414/xavier-darcos-les-suppressions-de-postes-se-poursuivront-dans-l-education.html)
Bon, si on surveille les blogs au moins M. Dark Os ne pourra plus dire que les enseignants sont avec lui !
A moins... à moins que la "veille de l'opinion" ne serve en fait qu'à réduire au silence ceux qui ont le culot de se plaindre aussi sur le net après avoir pris en otage toute une population de parents écoeurés par leurs immenses privilèges...
J'admire (vraiment !) ceux qui continuent à argumenter face à un mur. Un mur de mépris. Pire que les moulins à vent...
Rédigé par: axel | 21/11/2008 à 19:35