Reproduction
Contrairement à une opinion autrefois largement répandue, l'hominidé ne naît que rarement professeur, il le devient. Si l'on excepte les quelque 6 % de professeurs issus de la reproduction sexuée (vivipare) de père et mère professeurs (6 % en 1962, 5,5 % en 1969) et les rares "mutants" qui, au sortir de l'enfance, marquent un désir profond d'appartenir à cette famille, l'ensemble de la population professorale se reproduit de façon non sexuée, par bouturage, greffage, voire scissiparité.
Le bouturage s'obtient à partir d'un jeune hominidé sélectionné d'après des critères variés. Il est placé en serre chaude pendant trois ans, au cours desquels il reçoit une nourriture particulièrement riche, qui lui permettra d'acquérir suffisamment de force et d'autonomie pour devenir adulte. Ce type de reproduction a d'ailleurs peu à peu été abandonné comme trop onéreux.
Le greffage se pratique sur un sujet ayant déjà achevé sa formation. De délicates manipulations permettent de sélectionner les sujets considérés comme les plus aptes qui devront très vite "faire leurs preuves". Ce mode de reproduction,couramment utilisé autrefois, tombe lui aussi peu à peu en désuétude, dans un premier temps à cause des restrictions budgétaires tendant à raréfier le nombre des élus (2) et, dans un deuxième temps, à cause du nombre de plus en plus restreint d'hominidés désirant s'intégrer dans une famille considérée comme peu valorisante et peu valorisée (3).
Le dernier mode de reproduction - la scissiparité - est assez particulier et, quant à lui, en pleine expansion. En fait, il ne s'agit pas tant d'une reproduction que de l'acquisition progressive d'un certain "don d'ubiquité". Prenons un exemple : le professor vulgus chargé d'apprendre aux jeunes hominidés les rudiments de sa langue avait en charge deux groupes d'enfants (appelés classes) avant 1977. En 1977, une réforme du système lui a permis d'en avoir trois. Grâce à une nouvelle réforme, en 1985, il peut bénéficier à lui tout seul de quatre classes. Autrement dit, à lui seul, il fait depuis 1985 le travail qui était dévolu autrefois à deux professeurs (4). L'économie réalisée est très intéressante pour les organisateurs. Quant aux enfants (5)... mais là n'est pas notre sujet.
(2) Un jeune professeur certifié gagne, en 1988, 7 653 francs mensuels ; un jeune diplômé de Centrale, de 12 500 à 15 800 francs ; de l'Edhec, 10 800 à 13 750 francs ; d'un IUT, de 7 900 à 11 250 francs (salaires d'embauche).
(3) Entre le 1/1/1982 et le 1/9/1988, le traitement net mensuel de base d'un enseignant a augmenté de 27,4 %, et l'indice des prix de 44,5 %.
(4) 18,5 % des classes de 6ème comportent plus de 24 élèves en 1974 ; 27,4 en 1980 et 37,8 en 1983.
Le taux d'encadrement officiel (nombre théorique d'élèves par enseignant) est passé de 14,8 en 1974 à 17,6 en 1981 et 17,9 en 1985.
(5) Le nombre de redoublants en collège est passé de 178 409 en 1974 à 275 835 en 1980 et à 353 365 en 1985.
Très intéressant ce petit livret... J'apprends même des choses intéressantes sur mon espèce d'adoption !
Rédigé par: Axel | 26/11/2008 à 08:41